Skyfall, de Sam Mendes (2012)

Skyfall, de Sam Mendes (2012) skyfall12-202x300Pas étonnant que le Vatican aime beaucoup « Skyfall » : Jamais James Bond n’avait été aussi spirituel et, jamais non plus, le chiffre (00)7 n’avait ici pris tout son sens. Cet opus pourrait être l’alpha et l’omega, le premier et le dernier des James Bond ; c’est là que tout commence et là que tout finit. La boucle est bouclée. Du point de vue commercial, ce serait tant mieux, car si d’aventure aucun Bond ne devait plus succéder à Skyfall, ce ne serait pas un drame, tant tout est dit dans ce dernier épisode. On ne peut en outre s’empêcher de se demander si ce très mâle agent secret a encore sa place dans notre monde actuel : depuis ses débuts, en effet, d’autres aventuriers sont passés par là, tel Tom Cruise et ses Missions Impossibles, mais surtout des aventurières comme Kill Bill, Lara Croft, Nikita, Colombiana ou Salt, reléguant de fait ce petit macho de Bond, James Bond, en charmante ringardise machiste. Sans doute est-ce cette analyse qui a conduit Sam Mendès à nous concocter un James Bond réfléchi, esthétique et psychologique. Sans doute est-ce cette analyse qui a conduit les producteurs à choisir un vrai réalisateur, presque un auteur ; Mendès, en effet, fut le père du très remarqué American Beauty en 1999 et celui du récent et salué Noces Rebelles avec Leonardo Dicaprio et Kate Winslet.

N’imaginez pas pour autant que Skyfall soit ennuyeux ; bien au contraire, il est riche, d’une étrange richesse, comme aurait pu le formuler Sigmund Freud. Mais si vous souhaitez n’en profiter que comme un « simple » divertissement, vous le pourrez et y prendrez, je le crois, grand plaisir. Si vous souhaitez, au contraire, le savourer comme une oeuvre profonde, vous le pourrez tout autant, car cette profondeur s’y trouve réellement. Dès le générique, elle vous saute aux yeux, sous la forme des abysses maritimes dans lesquelles le corps inanimé de notre agent secret est précipité, sur les notes envoûtantes et vaguement mélancoliques de la talentueuse Adèle… C’est la chute originelle de Bond ; sa mort, sa plongée dans les enfers ; c’est aussi son abandon (littéralement abandonné par sa hiérarchie), pour la première fois de ses aventures, dans l’inconscience, dans la passivité du corps qui tombe, de l’esprit qui s’échappe et semble revisiter son passé au ralenti -comme le dit la légende des mourants aux portes de l’Au-delà-, de l’action qui échappe à son habituel contrôle. James Bond meurt, donc.

Bien sûr Bond n’est pas mort, sinon le film prendrait fin, mais Bond est cru mort. Bond profite de cette éclipse obligée pour faire le point, et l’on imagine aisément que c’est bien la première fois de sa vie. Où ses pensées, souvenirs et réflexions le mènent-ils ? Mystère. L’homme aurait-il une vie intérieure, finalement ? Ce Skyfall nous l’apprend. Il n’est pas juste bras, jambes, intelligence opérationelle et sexe efficace au service de sa Majesté ; Bond est aussi esprit sensible, James possède une âme. Bref, il est humain, trop humain même ici en l’occurrence, et donc faillible : lorsque l’agent secret refait surface, il est question qu’il soit recalé aux tests de performance physique et psychologique. Question d’époque, sans doute : même Bond peut être viré et chômeur. Mais Madame « M » a trop besoin de lui pour cette mission et James reprend du galon. Et de « M » il est beaucoup question dans Skyfall. Le M de Maman ? C’est en tout cas ce qu’elle représente pour le Méchant du film, magistralement incarné par le très Almodovarien Javier Bardem. Et c’est bien cette présence centrale de « M » qui tisse la nature des liens entre James Bond et le Méchant : Skyfall glisse alors dans la référence biblique des frères ennemis -déjà visitée au cinéma dans A l’Est d’Eden avec James Dean-, Cal et Aron. Ce Méchant fut un Bon (James Bon ?) dans le passé, mais trahi par M(aman), il passa du côté obscur de la force… Ce fut la chute, la Chute, comme Satan fut le meilleur des anges de Dieu, puis se sentant trahi, chuta et devint le Satan que nous connaissons ; l’ange déchu.

Comme Satan, le Méchant est charmeur et même charmant car il sait être drôle et léger ; comme Satan il est bisexuel (illustrée par une scène -d’anthologie qui a déjà fait le buzz- de séduction à l’égard de Bond), la vie n’ayant plus aucune limite pour lui. Comme Satan il est intelligent, diaboliquement intelligent ; davantage encore que « Q », (le nouveau Q, incarné par le jeune acteur Ben Whishaw, remarqué dans le troublant « Parfum »). Comme les anges, il est blond, mais d’une blondeur lourde et dérangeante, trop terrestre, trop jaune (couleur associée au diable, tout comme le vert). Comme Satan, il est atrocement laid lorsque son masque tombe (je vous laisse le plaisir de cette découverte visuelle !).

L’étonnement de Skyfall provient du traitement de la gente féminine : habituée au sacrifice habituel de la gentille James Bond girl, je déplorais à l’avance la disparition de la sympathique et jolie actrice (Naomie Harris) qui l’incarne ; habituée à la traitrise sans coeur de la méchante James Bond girl, j’attendais de la même façon la familière disparition de cette dernière (la ténébreuse et très française Bérénice Marlohe)… Sans doute cette modification des rituels « bondiens » provient-elle de l’analyse par le réalisateur des personnages féminins au cinéma en 2012. Cependant je nourris des doutes quant à la pertinence féministe de la reconversion de la gentille « agent de terrain » en… secrétaire (dont je vous laisse découvrir le patronyme).

Mais le pic de ce drame mystico-secret, atteint son paroxysme dans la découverte du Skyfall en question -propriété familiale détentrice du ressort psychanalytique de l’espion, qui rappelle fortement le fameux Rosebud du Citizen Kane d’Orson Wells- et dans la scène de l’église, lors de laquelle « M »ère rendra l’âme dans les bras du fils bienaimé, tandis que le fils maudit (« M » le…?) périt au pied de la croix (rédemptrice ?).  … Quand je vous disais que le Vatican avait des raisons d’être satisfait !

Spirituel, donc, ce James Bond, et culturel aussi : pour la première fois, on nous parle de poésie (magnifique monologue de « M », expliquant les enjeux stratégiques du monde actuel, ponctué de la poésie de Tenison), dialogue au musée entre Bond et « Q » devant une toile de Turner… Très correcte également, ce Bond : il ne fume plus, et s’il boit lors de sa période post- »chute », il ne nous informe plus du contenu de son cocktail après sa « résurrection ». Quant au sexe, il est réduit au minimum et construit pour plaire davantage aux femmes qu’aux hommes (hormis une scène de sexe rapide et brutal lors de son passage au « purgatoire ») : quelle sensualité que cette scène de douche, ou cette séance de rasage « à l’ancienne », très sado-maso soft…

Très intéressant également, ce nouveau « M » en la personne du séduisant, mystérieux et raffiné Ralph Fiennes… Tout cela donne l’eau à la bouche et l’envie, la curiosité, de découvrir le prochain James Bond ; ce nouveau James Bond, qui reste lui-meme sans plus être tout à fait le même, une sorte de rêve étrange et pénétrant, un Skyfall existentiel qui nous rappelle que… l’existence précède l’essence.

Madison

 

 

 

Rock Forever, de Adam Shankman

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Autant vous l’avouer, j’ai souffert pendant ce film. Durant le premier quart d’heure, je me suis demandé si je tiendrais le coup jusqu’au bout. Finalement je suis restée, car je suis une fille curieuse et j’avais payé ma place. Je crois que c’est le plus gros nanard que j’aie vu depuis longtemps. Mais qu’y a-t-il à sauver dans ce Rock Forever, que je prends plaisir depuis, à nommer Roquefort Ever ? Parmi les trois amis qui m’accompagnaient, deux ont vanté « le côté totalement décalé ». A moins d’apprécier le dixième degré, fuyez ce film ! Je dois certes admettre qu’à la fin, je percevais que le comique « involontaire » ne l’était pas tant que ça ; mais beaucoup de scènes m’ont faite rire et je suis certaine que cela n’était pas prévu. Je dois également admettre que ce film est l’adaptation d’une comédie musicale, et qu’en la matière le film Mamma Mia ! (d’après l’oeuvre musicale de Abba, avec Meryl Streep), valait son pesant de cacahuète, qu’à l’époque j’avais fort goûté. Alors quoi ? Pourquoi ce Rock Forever ne passe-t-il pas ? Sans doute suis-je moins sensible à la bande son (entre Heavy Metal et pop-rock des années 80) qu’à celle des quatre suédois. Et puis j’ai trouvé ce film souvent vulgaire, en plus d’être lourd. Je n’ai jamais vu autant de langues pendues et mobiles (vous me direz peut-être que je n’ai guère vu grand chose dans ma vie), ni Tom Cruise manquer autant de variété de jeu, ce qui n’enlève rien à son charisme naturel auquel je dois avouer être totalement sensible (non, non, je ne suis pas scientologue).

Que reste-t-il, alors ? Le jeune premier, Diego Boneta est charmant, la jeune première, Julianne Hough, se débrouille bien. J’ai reconnu des titres de ma jeunesse, dans les années 80. Alec Baldwin, énorme et hirsute comme un troll, affublé d’un partenaire maigrichon au look Freddy Mercury première période, joue le premier homosexuel de sa carrière, dans une scène qui, sans doute, se voudrait osée ; à part dans de lointaines et puritaines contrées américaines, désolée de vous le dire, mais on en a vu d’autres. Catherine Zeta-Jones a pris un coup de vieux et un coup de botox. On la retrouve un peu comme on la connue, dans sa dernière scène, vêtue de cuir façon Village People. Tom Cruise, donc, a les yeux mi-clos, la démarche éthylique et les bras pendants durant tout le film. En revanche… qu’est-ce qu’il chante bien ! Il peut se reconvertir quand il veut. Même sa voix est envoûtante… mais je m’emballe. Petite remarque au passage : je n’avais jamais remarqué à quel point ses mains sont féminines (vous me direz, les ongles vernis et les bagouses, ça aide) ; à mon sens, elles donnent la clef de sa personnalité secrète, une sorte de fragilité qu’il prend tant de soin à masquer dans des rôles viriles, un personnage social de businessman mâtiné de dignitaire religieux… mais je m’emballe.

Donc quoi d’autre ? Je cite Wikipédia : « Les jeunes Drew Boley et Sherrie Christian tombent amoureux pendant la période rock de 1987 à Sunset Trip ». Allez faire une critique avec ça ! Non, franchement, je n’ai rien à en dire et en plus il m’a fallu des semaines pour accoucher de ce texte creux et passablement intéressant. Je n’ai même pas trouvé de sujet philosophique à exhiber devant vos yeux ébaubis. Et ça, c’est totalement inhabituel chez moi. Je ne suis même pas malade, je ne me suis même pas endormie devant Roquefort Ever. Impossible, la musique était trop forte.

Madison

BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR, de Rupert Sanders

BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR, de Rupert Sanders blancheneige-150x150Mais quelle est donc cette fièvre actuelle pour Blanche-Neige ? Après le très lourd et pas vraiment drôle Blanche-Neige à la Gloire de Julia Roberts, voici Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert Sanders, avec Charlize Theron, Kristen Stewart et Chris Hemsworth ; et il me semble avoir aperçu sur internet, une photo d’Angelina Jolie maquillée en vilaine reine de Blanche-Neige du Walt Disney éponyme (un troisième film se prépare-t-il ?).

Quelle est donc cette fièvre pour Blanche-Neige ? demandai-je. Mais enfin ! C’est l’évidence, tout dans notre époque, absolument tout est un hymne à ce conte vieux comme un mythe germanique, dont notre mémoire collective a retenu la version des Frères Grimm datant de 1812.

Blanche-Neige, c’est le mythe du jeunisme et de la mère qui refuse de vieillir pour laisser la place à plus jeune et plus jolie ; parfois, la vieille est même une « cougar », chasseuse des mâles chairs fraîches destinées à sa fille. Bref, nous verrions bien la méchante reine s’écrier « Parce que je le vaux bien ! » pour justifier ses crimes. D’ailleurs, elle se baigne dans une sorte de lait de jouvence très épais, dont je me suis demandé si il n’était pas signé d’une illustre marque de cosmétique. Ce film est-il sponsorisé ? Le réalisateur, Rupert Sanders, signe là en tout cas son premier long-métrage. Anglais vivant à Los Angeles, il est issu de la publicité et des courts-métrage.

Quoi qu’il en soit de cet effet mode, ou d’un réalisateur publicitaire, ma ligne de jugement se voulant le plus éloignée possible de tout snobisme, je ne m’en tiendrai qu’au seul critère qui convienne à ma nature hédoniste : le plaisir. Et ce film m’a sacrément donné du plaisir. Plaisir visuel, d’abord, car il est esthétique de bout en bout, sans pour autant paraître esthétisant. Je parle bien entendu d’une beauté formelle et donc classique, plus proche de Kant que de Marx : n’importe quel spectateur actuel trouvera ce film agréable à l’oeil ; il ne s’agit pas d’une prétendue beauté imposée aux masses par un quelconque parti dominant, Etat bourgeois, ou… Festival de Cannes. Oui, ce film est beau et c’est déjà essentiel pour du cinéma, qui, quelques réalisateurs et critiques l’oublient parfois, est un art avant tout visuel.

Il y a du clip vidéo (pardon pour ce mot désuet de « vidéo » qui signe l’âge de votre hôte-bloggeuse) dans ce Blanche-Neige. Mais pas n’importe lequel ! Pour nous Français, ce Blanche-Neige rappelle une esthétique b ien connue de nos yeux depuis plusieurs décennies : les clips de Mylène Farmer. Rupert Sanders serait-il fan de Laurent Boutonnat ? Il a dû également goûter aux charmes rudes de Luc Besson, car quelques scènes de bataille m’ont évoqué Jeanne d’Arc. Ce serait bien là, à mon sens, le défaut de ce film : la fabrication « à la manière de », qui me fait craindre le manque de personnalité. Il se trouve que j’aime autant le travail de Besson que de Boutonnat, donc j’en ai été peu gênée. Mais tout de même, lorsque la bande-annonce montre cette somptueuse image de Charlize Theron déployant son manteau noir et disparaissant dans l’essaim de corbeaux qui en surgit, comment ne pas crier au plagiat Mylèno-Boutonnien ?

Concernant la belle Charlize, étrange Blanche-Neige qui laisse davantage dans notre mémoire, le visage et la personnalité de l’infernale belle-mère, que la pureté combative du visage de celle qui fait tout de même le titre de l’histoire : Blanche-Neige. Autant Charlize Theron passait inaperçue (oui, c’est possible) dans Prometheus, autant elle occupe tout l’espace de ce Blanche-Neige. Vous me direz : normal, elle est chez elle dans l’univers de la beauté haute-couture, et même dans la dernière publicité Dior, elle expulse les Marlène, Grace et Marilyn… Kristen Stewart est pourtant impeccable en Blanche-Neige des temps modernes, mais… toujours est-il que c’est Charlize qui reste en mémoire. Donc, finalement, c’est bien la Reine qui gagne à la fin : la jeune beauté la trucide, mais au-delà de sa mort, la vieille méchante survit en nous. … Voilà bien un vilain défaut humain, d’être davantage ébloui par ce qui brille que par la simplicité ! Sans doute est-ce pour cela qu’un certain Jésus nous dit un jour que pour entrer au royaume de Dieu, la porte était étroite.

Exit Blanche-Neige, donc. Quid du Chasseur ? Car c’est bien la première fois que je prends connaissance de ce titre : Blanche-Neige ET LE CHASSEUR. Mazette ! C’est qu’il doit être important ce chasseur, pour qu’on lui donne la vedette. Moi j’ai connu Blanche-Neige ET LES SEPT NAINS. Sans être pour autant adepte de la discrimination positive, je suis étonnée que l’on ait dégagé les nains. Est-ce dû à une époque qui s’accomode mal de l’imperfection physique ? Cette version originelle des nains recueillant Blanche-Neige pour qu’elle devienne leur servante (et cette dernière s’en réjouissant), était-elle dépassée par le féminisme actuel ? Enfin, rassurez-vous, les nains y sont ; comme dans la version précédente de Julia-Roberts et les Sept Nains. De même, les deux versions comportent un monstre de la forêt très étrangement semblable, dont j’ignore l’origine historique.  Sa présence m’a paru quelque peu superflue, simple prétexte pour démontrer la force de compassion de la belle. Au sujet de la forêt, le réalisateur (et l’équipe des brillants effets spéciaux) nous concocte quelques scènes de bois angoissants, qui m’ont furieusement rappelé (eh oui, encore, hélas !) le Sleepy Hollow de Tim Burton.

Mais revenons au Chasseur. Beau mâle barbu importé d’Australie -dans la veine des Russell Crowe (australo/néo-zélandais, plus précisément)-, Chris Hemsworth campe un Chasseur très plausible. Bagarreur, alcoolique, désespéré depuis qu’il a perdu sa femme, c’est à la seule condition que la Reine la ressuscite, qu’il accepte de partir en forêt chasser Blanche-Neige, pour rapporter son coeur à la Reine, dont la jeunesse artificielle cessera alors de décliner. J’en profite pour souligner la présence du frère de la Reine, sorte d’albinos serial-violeur, sans doute lié à une relation incestueuse avec sa soeur, que je n’avais vu dans aucune des versions précédentes, mais qui apporte un certain suspens à l’histoire.

Le détail le plus intéressant de cette histoire, c’est que le prince qui ramène Blanche-Neige (empoisonnée par la pomme…décidémment, cette maudite pomme !) à la vie, n’est pas un Prince, mais le prince de son coeur. Simplement, Blanche-Neige, la fille du Roi, l’ignore. Consciemment, elle croit qu’elle est amoureuse du jeune Prince, ami d’enfance, perdu de vue lors des drames politiques engendrés par le « coup d’Etat » de la Reine. C’est même ainsi qu’elle croque la pomme, sans doute la pomme de son erreur (vous savez, l’erreur, le contraire de la connaissance, issue de l’arbre du même nom dans le jardin d’Eden…), lorsque la Reine prend l’apparence du Prince (encore une nouveauté !) pour lui faire croquer le fruit empoisonné. Plongée dans un coma profond, que tous prennent pour la mort, Blanche-Neige gît dans la chapelle où le Chasseur, persuadé de son décès, se permet le dernier et unique baiser qu’il pourra lui donner. Ce baiser de l’amour vrai la ramènera d’entre les morts. Intéressant de souligner que peu avant, le Prince l’a embrassée, sans la ressusciter pour autant. Nous voilà rassurés sur son sort : il n’aime pas plus Blanche-Neige qu’elle ne l’aime… Nous en sommes d’autant plus satisfaits que ce jeune acteur anglais, Sam Claflin, -ou son personnage- nous paraît bien fade.

Rassurés sans l’être, car si Blanche-Neige revient à la vie, tue la Reine, délivre le Royaume de son pouvoir de ténèbres dictatoriales, et monte sur le trône, il est évident qu’elle ne pourra jamais épouser celui qu’elle aime à présent consciemment mais en secret, le Chasseur. Restera-t-elle une Virgin Queen, à l’instar d’Elisabeth I d’Angleterre ? Cette même virginité, à rebours du symbole des trois gouttes de sang sur la neige, à l’origine du voeu de sa mère d’enfanter une petite fille… Voilà finalement une histoire encore très emprunte de tradition : malgré une note féministe qui voit la jeune pucelle et future reine mener à cheval et l’épée à la main, son armée au combat, l’errante de la forêt réintégrée dans son statut social ne pourra pas épouser l’homme qu’elle aime, le simple Chasseur, son vassal.

… Eh bien, si j’étais la Reine d’Angleterre actuelle, je serais bien aise qu’il y ait encore de jeunes souveraines capables de passer outre leur bonheur personnel pour servir leur royaume, à savoir en remplissant la règle numéro 1 : Montrer l’exemple.

Madison

PROMETHEUS de Ridley Scott

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Lorsque le générique de fin m’a ramenée sur Terre, je me suis demandé si je venais de voir une grosse daube, ou si, inculte en matière d’Alien(s) -que le même Ridley Scott tourna en 1979- et de ses suites (réalisées entre1986 et 1997 par James Cameron, David Fincher et Jean-Pierre Jeunet), j’étais inapte à comprendre les finesses du dernier opus de Ridley Scott. Les personnes qui m’accompagnaient étaient connaisseuses en la matière et dythirambiques. Je me suis rapidement sentie étrangère à la conversation… en bref, une alien, puisqu’en anglais ce mot désigne aussi bien la créature extraterrestre, que l’étranger clandestin. Cependant, dans ma mémoire passionnément cinématographique, j’avais l’impression que je venais de voir Alien dans une version modernisée. Rigoureuse, j’ai donc tenue à visionner la saga Alien ; ce que je fis lors d’une longue nuit entre amis. Le résultat de cette séance fleuve est le suivant : Prometheus, c’est Alien des origines avec un gros doigt d’explications mythico-quelque chose en plus. A posteriori, j’apprécie tout de même mieux ce film et le reverrai volontiers. Non, je ne crois pas que ce soit une grosse daube, à moins… qu’Alien ne le soit. C’est là que nous entrons dans le royaume infini des goûts et des couleurs, et il faut partir du postulat que la saga Alien, Prometheus inclus, fait partie d’un genre cinématographique à mi-chemin entre la science fiction et l’horreur. On ne juge, en effet, pas une comédie sur les mêmes critères qu’un drame. Et, à l’intérieur de ce genre propre à Alien and C°, je vois deux chefs-d’oeuvre : Alien de Scott et Alien3 de David Fincher. Je me passe du deuxième opus (sauf pour une après-midi pluvieuse) et je jette à la poubelle des pellicules, Alien4 de Jeunet. Dans tout cela, je garde pour toujours Sigourney Weaver. Mais nous y reviendrons.

Vous voyez ? Impossible pour moi de critiquer Prometheus, sasns évoquer la saga Alien. C’est un tout, un ensemble. Et tout au long, une question m’a taraudée : pourquoi diantre, Ridley a-t-il laissé son bébé monstrueux s’échapper entre les mains d’autres réalisateurs ? Etait-il, avec le temps, tant pétri de remords, qu’il lui a fallu reprendre le flambeau et marquer de son seau l’ultime opus ?

Si je considère Prometheus comme le dernier épisode d’un cinéma fleuve (à l’instar des romans fleuve), je dirais que sans être un chef d’oeuvre à mes yeux, c’est un très bon Alien. Je mets de côté la qualité des effets spéciaux, car, étrangement, il n’y a pas de différence fondamentale entre les effets de Prometheus en 2012, avec ceux d’Alien en 1979 (et consorts). C’est ce qui m’a le plus étonnée : la qualité de l’Alien 1979. Prometheus revient à cette beauté formelle des origines : l’immaculé du vaisseau, la blancheur et le silence ; une espèce d’Olympe spaciale en 2093. Il y a ajouté un élément d’importance : un androïde, David, blond et beau comme un ange (Michael Fassbender), dont le modèle esthétique est l’acteur du milieu du XXème Siècle Peter O’Toole. Au début, lorsque l’ensemble de l’équipage est encore plongé dans ce long sommeil artificiel, qui leur permet d’effectuer des voyages de plusieurs années vers une planète lointaine, sans pour autant vieillir, David passe des heures à regarder les films de son acteur fétiche, puis adopte ses mimiques et sa coiffure devant son miroir… Est-cela un androïde perfectionné ? Une midinette aussi narcissique que les humains actuels ? Regardez les androïdes évoluer depuis le premier Alien : leur amélioration technique est toujours évoquée et leur perfectionnement souligné. David est donc le dernier modèle. Cependant, sa mission n’a pas évolué depuis le début : ramener un échantillon d’alien sur la Terre, quoi qu’il en coûte à l’équipage (la mort, en l’occurence). D’un point de vue humain, David le bel ange blond, est un traître. A mi-chemin entre le scientifique amoral des temps modernes, et un néo-ange Gabriel qui, en plus d’annoncer la « bonne nouvelle » de sa fertilité à l’héroïne (Noomi Rapace), comme dans la tradition chrétienne, y participe activement (non, pas comme ça !), se rapprochant davantage de la tradition islamique de l’ange fertiliseur.

Ainsi cheminons-nous avec l’équipage, de l’harmonie épurée du vaisseau originel, à l’instauration progressive du chaos. La faute (Faute ?) en revient à cette maudite mission Prometheus, partie découvrir une planète inconnue, à cause de desseins primitifs dans une caverne terrestre. Encore et toujours ce besoin humain de souiller le jardin d’Eden avec des explorations de fruits inconnus. Et le Serpent, ils vont le trouver ! Toujours la même tête et les mêmes méthodes. C’est Alien, vous ne connaissez que lui : surgissant d’une espèce de plante carnivore, son corps longilligne s’enfonce dans la gorge du premier quidam venu, ou telle une pieuvre il s’englue sur le visage du trop curieux, son sang acide fait des trous partout dans le vaisseau, il est grand et plein de dents dans sa double gueule, se déplace très vite et surgit quand il est trop tard pour fuir, et bien sûr, bien sûr, le must ! Il nidifie dans la cage thoracique de l’humain (entre autres) et après un énième gonflement, explose ces chairs fertiles (qui n’y survivent pas, bien entendu), pour aller finir sa croissance ailleurs dans les entrailles d’aération du vaisseau. C’est un être résistant et parfait car « son hostilité n’a d’égale que son absence de remords ou pitié » (voir les Aliens précédents). C’est donc un non-humain ; car c’est bien cette imperfection liée à la capacité de ressentir remords et pitié, qui, depuis le premier opus, empoisonne la vie de l’équipage : taraudés par des histoires de s’aider ou pas les uns les autres, de sauver une petite fille (Alien2), de retrouver le chat  -roux, par ailleurs, donc susceptible de représenter un danger… -, (réplique désormais célèbre « Minou, Minou… »), les humains ne cessent de permettre à cette vilaine Bête de proliférer sur notre dos, si j’ose dire.

Néanmoins, les humains n’en sont pas innocents pour autant. Pensez donc, la mission Prometheus… Ce nom mythologique porte en lui-même sa part de péché. Prométhée, le voleur de feu ; Prométhée, le Titan, crée l’Homme à base d’argile et d’eau, puis plus tard, dérobe le feu pour nous l’offrir, suscitant la colère de Zeus qui le condamne à la souffrance éternelle : enchaîné, il se fait chaque jour dévorer le foie par un aigle, et son organe repousse la nuit… Et c’est bien l’histoire, l’Histoire, que nous narre Ridley Scott : des titans, géants créateurs de l’Homme à partir d’une poussière de l’un d’entre eux jetée dans les eaux primordiales, seront anéantis par le monstre Alien, créature infernale qui les dévore de l’intérieur ; leurs descendants humains découvre cette vérité lors de la mission Prometheus. Mais à trop vouloir percer les mystères, voler le feu sacré, croquer la pomme de l’arbre de la Connaissance, la Terre risque l’envahissement et la destruction. La boucle est bouclée.

Impossible de refermer cette page, sans évoquer celle qui succède à l’immense Sigourney Weaver. Comment lui succéder ? Mission impossible et je ne voudrais pas que ma déception recouvre d’acide aliénien, une actrice inconnue de moi, qui a simplement fait son travail. Je me bornerai à dire que je suis restée totalement insensible à ce qui doit être un charisme, puisqu’elle a été choisie par Maître Ridley. Bref… Come back Sigourney, please !!! Signe des temps, peut-être ? En 2012, ce n’est pas la descendante d’Helen Ripley qui retient l’attention du modeste critique ; c’est l’androïde dernier cri.

 

P.S. : Je n’ai pas mentionné Charlize Theron dans cette article. …Il doit y avoir une raison à cet oubli, je suppose.

Madison

 

 

 

 

 

 

DE ROUILLE ET D’OS, de Jacques Audiard

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Ce film français de Jacques Audiard, adapté d’une nouvelle canadienne de Craig Davidson, c’est aussi du Zola sur pellicule. Naturaliste en diable : la matière corporelle et le milieu social sautent aux yeux avec la force d’un odoramat ; c’est dire comme ce cinéma a une odeur autant qu’il porte un univers visuel. L’odeur des corps, l’odeur de sueur, de sang et de larmes. Les corps transpirent, les muscles saillent, les coups pleuvent et s’échangent comme autant de signes de fraternité sociale, le sang gicle, les chairs se fendillent, s’ouvrent et s’écartent. Les corps se pénètrent, se transmettent leur force vitale. Les corps se brisent. Un corps en particulier, celui de Marion Cotillard, belle plante un peu paumée le soir, triomphante avec les orques de Marineland le jour. Un corps presque coupé en deux par la dentition animale d’une orque, privé de ses jambes. Les jambes, instrument essentiel de la séduction féminine ; jambes nues, que les hommes suivent des yeux, jambes qui s’écartent lorsqu’elles le désirent, jambes synonymes de sa liberté de conquérir le monde à sa guise. Car ces jambes disparues ne privent pas seulement une être humain de sa fonction mobile ; elles privent une femme de sa féminité essentielle.

Car De Rouille et d’Os est aussi un film éminemment sexué. Un film dans lequel les hommes sont des corps musclés, bruts, et les femmes des corps courbes à chevelure longue. Les hommes gagnent leur vie dans la sécurité, dans la boxe, dans des camions, dans des usines. C’est un film de mec, qui m’a fait penser au cinéma de Patrice Chéreau. J’ai ressenti le plaisir d’Audiard à filmer ces mecs costauds, rustauds au coeur parfois tendre, se mettre sur la gueule. Fassbinder et Genet avec Querelle ne sont pas loin, le clip Cargo de Nuit d’Axel Bauer non plus. J’avais déjà eu cette impression dans l’excellent film précédent d’Audiard, Un Prophète, dont l’action se situait en prison, et où, déjà, des hommes tout en corps, se battaient, pour survivre, pour régner.

Survivre et régner. Il n’y a aucune place pour la douceur judéo-chrétienne. Nulle foi, nulle mention d’un quelconque mysticisme. Nous sommes dans l’univers post Auguste Comte, dans l’ère industrielle du début du XXème Siècle, et des toiles, des statues contemporaines de l’art soviétique passent devant mes yeux. Les hommes au travail, les hommes machine humaine. Survivre et régner, tel le faune dyonisiaque du paganisme, que Nietzsche appelle de ses voeux. Un être de muscle, mué par la force vitale, qu’aucune morale parasite ne handicape. Tout est ici et maintenant ; la transcendance est absente de cet univers.

Le handicap, justement. Marion Cotillard passe de cette femme entière à cette femme tronc ; ou plutôt, Marion s’évapore dans le coma en possédant encore son intégrité physique, et revient à la vie en découvrant son corps découpé. Une Belle au Bois Dormant sortie des songes pour découvrir son nouvel enfer. Une princesse d’un conte de fée dont le dragon à l’origine de sa mutation, s’appelle Orque. Le temps de la rage, le temps de l’attraction vers Thanatos, le temps de l’acceptation. Apprendre à vivre dans un appartement aménagé, avec les aides de l’Etat, à se déplacer en fauteuil roulant, puis avec des jambes de carbone.

Ici, le Prince Charmant est un acteur belge inconnu, Matthieu Schoenaerts. Tout en force, tout en muscle, tout en primarité. Lui se bat pour son petit garçon, pour le nourrir, pour le loger ; tout métier lucratif lui est bon. Sa morale ne dépasse pas le niveau zéro de son compte en banque. Et revoilà la Bête Humaine de Zola, Germinal dans le sud de la France. Vivre et survivre. Son absence de secondarité, c’est justement ce qui lui permet de vivre relativement bien. Il ne se pose pas de question, il ressemble au héros d’une chanson de Brel, beau et con à la fois. Et il en profite de cette vie. Il baise et rebaise, sans finesse, sans douceur, sans lendemain.

Bien sûr, la route de la Belle et de la Bête se croise. La femme tronc rencontre son homme cheval et va devenir la femme centaure. Ils vont se transmuter mutuellement, elle en corps, lui en âme, tout deux en coeur. C’est du grand oeuvre alchimique dans des temps au ras des pâquerettes. La poésie est donc intemporelle.

Cette force brute, vitale, venue des profondeurs de la terre, ce nouvel Adam (« la terre »), va fertiliser notre petite Eve, réduite à une côte de son compagnon de survie. A sa demande à elle, il la prend, la soulève, la transporte, la laboure, l’ensemence. Elle réapprend son corps, le plaisir, la vie. Elle redevient entière. C’est leur Genèse, mais dans ce jardin niezstchéen, la pomme est bonne à croquer. Au bout du chemin de la fable, notre nouvelle Eve touchera du doigt le pardon monothéiste, en allant affronter la créature infernale qui causa sa chute. Dans un émouvant tête à tête, la victime à l’air libre et son bourreau aquatique communient en silence. Je veux croire que la femme centaure ressent alors la force vitale qui habite l’hydre, celle-là même du prince, celle-là même qui lui a été insufflée ; cette force de vie, cet Eros irrésistible et désirable. L’orque n’a fait que suivre sa nature : nulle méchanceté lorsqu’elle dévora les jambes de la princesse, juste l’irrépressible appel du sang inscrit dans sa nature, dans la Nature. C’est juste du déisme spinozien : accepter et aimer la nature, car Dieu est la nature.

La brute, de son côté, apprend la tendresse, « la délicatesse » comme le lui demande la belle. Il naît à la vie, lui aussi, il ouvre peu à peu ses yeux qui ne voyaient pas plus loin que le bout de son front borné. Il ouvre sa conscience aux êtres qui l’entourent, il voit les conséquences de ses actions de survie. Car la toile de fond du film est bien la conscience de classe chère à Zola, à Marx. L’amertume de cette société où des pauvres sont appelés à trahir leurs semblables pour gagner leur pain et celui de leurs enfants. Cynisme de la classe dirigeante, instruments modernes de la surveillance : les caméras qui ne protègent plus contre l’extérieur, mais qui retournent leur oeil froid en direction d’employés que l’on piège dans leur dénuement même. Est-ce du vol de récupérer de la nourriture périmée destinée à être jetée ? Notre époque répond par la positive et les licenciements pleuvent. Or c’est notre prince charmant qui est chargé de la vilaine besogne technique. Son réveil social et intime sera cruel.

Il perdra tout, gîte, couvert, et même la garde de son petit garçon. C’est la traversée du désert, le retrait de la vie, pour celui qui en était le porteur depuis le début. Ni muscle, ni billet de banque, dans cette zone monacale où il entre en hibernation. La nature s’est retirée dans cet hiver de la virilité triomphante. Le prince devient le pauvre, le soldat devient le moine. Nous sommes presque à la fin du film et je tairai celle-ci. Les héros de la mythologie d’Audiard atteignent la synthèse de leur parcours initiatique. La quête de l’amour est le graal au bout du chemin, religion universelle et intemporelle. D’aucuns trouveront banale cette thématique ; mais, comme l’orque, l’humain peut-il échapper à sa nature tendre, à sa nature partagée entre les aspirations de l’ange et les moyens de la bête ? Humain, trop humain, Audiard ne saurait échapper à cette dialectique.

Comme dans Un Prophète, le drame dépasse le désespoir, et aux situations les plus abruptes succède le temps de l’apaisement. Sans doute est-ce là la nature vitale d’Audiard : la force de l’optimisme, l’envie de vivre et d’aimer plus fort que tout. Les fous de désespoir et de Schopenauer passeront leur chemin.

Madison

 

Bienvenue dans mon cinéma !

Les critiques de cinéma servent-elles à quelque chose ou quelqu’un ? Elles font du mal ou du bien à un film, un acteur, un réalisateur ; elles éclairent ou égarent le spectateur en quête d’un bon film à se mettre sous… l’oeil. Parfois, à la lecture de l’une d’entre elles, après avoir vu le film, je me demande si nous avons vu le même. Parfois, elles me mettent en colère : trop complaisantes ou méchantes, souvent injustes en trop ou trop peu.

Bref, il n’est de meilleure critique que la sienne propre… pour moi ! Si vous aimez partager vos coups de coeur, de gueule et de griffe, avec une non-journaliste totalement indépendante de toute accointance professionnelle, alors suivez-moi sur cet écran.

Bientôt … De Rouille et d’Os, Madagascar3, Prométhéus, Blanche-Neige et le Chasseur.

Madison





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